Le jazz au Luxembourg (I) Passé les années 1950, le jazz a réussi à s’ancrer dans la scène musicale luxembourgeoise

L’histoire du jazz au Luxembourg est un processus de longue durée. Importé par les soldats américains lors de la 1ere Guerre mondiale, ce style musical très particulier a vite trouvé sa place au Grand-Duché. Partons à la rencontre de quelques talents qui ont fait émerger le jazz au Luxembourg. 

C’est aux États-Unis que le jazz voit le jour au début du 20e siècle. Puisant ses origines dans le blues et le gospel, ce style de musique est très vite associé à l'héritage laissé par les esclaves noirs dans les champs de coton américains à la fin du 19e siècle. Malgré cette réalité, le premier enregistrement considéré comme de la musique jazz date néanmoins de 1917 par le groupe Original Dixie Jazz Band.

Même si le groupe a enregistré son disque à Chicago, on dit souvent que le berceau du jazz se trouve à la Nouvelle-Orléans. C’est en tout cas d’ici que les sons improvisés du jazz ont été exportés dans le monde entier.

Le Luxembourg a été très vite séduit par le jazz, qui a fait son entrée avec les soldats américains au cours de la guerre 1914-1918. Les premiers groupes émergent avec le Auguste Donnen/Emile Boeres Jazzband (1920), The Big Six (1926) et The Hot Boys Band (1928). Les hôtels (Alfa, Majestic, Pôle Nord, ...) et les cabarets deviennent les hauts lieux du jazz au Luxembourg. Culturellement parlant, c’est l’apogée des clubs de jazz. Mais, avec le temps, le jazz cède le pas au jazz-swing, un dérivé enjoué à nouveau importé par l’armée américaine, cette fois-ci en 1944, lors de la Seconde Guerre mondiale. 

© Orchestre Johnny Glesener Trio - Collection Roger Spautz - Rattlesnake Pictures (A. Bausch)
© Orchestre Jean Roderes - Collection Evelyne Hornemann - Rattlesnake Pictures (A. Bausch)

Passé les années 1950, de nouvelles tendances surgissent, notamment le rock’n roll, un style de musique avec lequel le jazz doit désormais rivaliser. Porté par des musiciens comme Johnny Glesener, Johnny Horne, Camille Back, Johnny Nimax ou Jean Roderes, le jazz a finalement réussi à s’ancrer dans la scène musicale luxembourgeoise.  

Plus tard, cette musique aux différents mélanges culturels, gagne en popularité et séduit un large public au Grand-Duché. La scène jazzy tient plus que jamais la cadence. Plusieurs lieux lui étant dédiés voient le jour: le jazz club de Wiltz (1959), le jazz club de Luxembourg (1967) et dans les années 1970, le Melusina à Clausen ouvre ses portes. Les grandes pointures nationales et internationales s’y retrouvent. Songeons à Bob Scholer, Michel Pilz, Keith Jarrett, Charles Mingus et Chet Baker. 

Gast Waltzing – géant et érudit

"Je me souviens très bien de leurs concerts. J’étais les voir quand j’étais encore très jeune." se souvient Gast Waltzing. Si on doit associer un nom au jazz luxembourgeois, alors c’est incontestablement le sien. Il a fait avancer et popularisé le jazz comme personne d’autre au Luxembourg. 

Ses premiers pas dans le jazz remontent loin dans le temps, plus précisément à l’âge de son adolescence quand il a écrit des compositions pour son premier groupe de jazz-rock Atmosphere (1972), avec lequel il se produisait régulièrement dans les années 1980 au bistro Artscène. "Après la fin d’Atmosphere, j’ai créé Park Café, ensuite Largo en 1995. Aujourd’hui, je gère le Gast Waltzing Quintet", dit-il au détour d’un entretien.

Son succès est indissociable de sa fameuse trompette, un instrument qu’il a littéralement découvert très jeune lorsqu’il a joué dans la fanfare d’Useldange. "J’avais six ans quand j’ai découvert cet instrument dans l’armoire de la fanfare. C’est tout qui s’y trouvait. Alors je l’ai pris et depuis je joue de la trompette."

Après avoir étudié le solfège, il a suivi un cursus classique jusqu’au Conservatoire national. Mais c’est pendant ses études à l’Athénée, qu’il est tombé dans la marmite du jazz quand il a joué dans la Bigband ou la fanfare du Kolléisch. Il a même donné une nouvelle dimension à sa trompette en élargissant son répertoire au monde du jazz. "Ce qui m’inspire, c’est la liberté, cette anarchie organisée", révèle-t-il en avouant aussi qu’il a un faible pour les groupes qui portent des blazers, genre Tower of Power, Earth Wind and Fire, Chicago ou Blood Sweat and Tears. 

© WP Productions

« Pour moi, le jazz signifie la vie. Le jazz c’est une philosophie, une attitude »

Mais c’est surtout grâce à Gast Waltzing que l’évolution du jazz au Grand-Duché a pris son envol. En 1986, il a fondé le département Jazz du Conservatoire de la Ville de Luxembourg et il a formé l'Orchestre National de Jazz Luxembourg (ONJL). Une aubaine pour la scène de jazz, car l’enseignement de cette discipline musicale a pris désormais des allures plus structurées.  

Ces initiatives portent aujourd’hui leurs fruits. Le jazz au Luxembourg s’est professionnalisé et une palette de musiciens autochtones ont vu le jour. Et d’après l’équation de Gast Waltzing, le Luxembourg produit beaucoup de jeunes talents en comparaison aux autres pays et par rapport au chiffre démographique. Et il fournit aussi la preuve. "Il y a un an et demi, 400 candidats se sont présentés au cours de jazz au Conservatoire national à Paris. Dix personnes ont été retenues et parmi eux se trouvaient deux Luxembourgeois".

Face à l’évolution positive de la scène du jazz, il souligne qu’il est difficile pour les jeunes pousses de trouver plus que jamais leur place dans ce monde, aujourd’hui en constante mutation. Beaucoup de clubs auraient baissé le rideau et si on voulait écouter du jazz, on le trouverait uniquement sur les ondes spécialisées ou encore sur CD. Malgré ce constat, il reste quand-même optimiste quant à l’évolution du jazz au Grand-duché: "Nous avons une kyrielle de jeunes talents qui de plus ont la possibilité de partir à l’étranger pour évoluer. Mais il faut se montrer. Si t’es à Arlon, tu n’es pas encore à Namur et encore moins à Bruxelles." 

Pour la petite histoire ...

La passion de Gast Waltzing a toujours été la musique. Il a non seulement roulé sa bosse dans le monde du jazz, mais ce mastodonte de l’univers musical luxembourgeois est un talent aux facettes multiples : arrangeur, compositeur, chef d'orchestre et trompettiste selon la demande. Sur scène, il a côtoyé des pointures comme les Scorpions, Amy McDonald, Gregory Porter, Patrica Kass, Didier Lockwood et Andrea Scholl.  

En 2004 il a lancé un label consacré entièrement aux talents locaux du jazz, WPRJazz, qui édite plusieurs CD par an et qui a monté un réseau de distribution international. En 2008, il a été également nommé directeur artistique de la section Jazz du Festival d'Echternach.

Grâce à lui, en 2016, pour la première fois, une production luxembourgeoise a reçu le Grammy Award du meilleur album de musique du monde.  

 

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