Luxembourg City Film Festival

Image - Logo du festival
© Luxembourg City Film Festival

En 2011, la première édition du Luxembourg City Film Festival — alors baptisé Discovery Zone Filmfestival — voyait le jour. Quinze ans plus tard, l'événement est devenu un rendez‑vous incontournable du paysage culturel national et l'un des festivals de cinéma reconnus en Europe. Dans le cadre de l'édition 2026, qui se tient du 5 au 15 mars, le directeur artistique Alexis Juncosa revient sur l'évolution du festival, ses ambitions et les opportunités qui façonnent son avenir.

Mini-portrait express

Pour ouvrir la discussion, Alexis Juncosa se prête au jeu du portrait en six questions.

Une anecdote de coulisses qui vous a marqué

La venue de Jafar Panâhi. Après des années à soutenir son travail alors qu'il était emprisonné ou assigné à résidence, pouvoir enfin l'accueillir au Luxembourg — pour un film co‑produit ici — a été un moment profondément symbolique.

La star que vous rêveriez de rencontrer

Meryl Streep. Sans hésiter.

 

Alexis Juncosa - Portrait du directeur artistique du LuxFilmFest
© Julia Vogelweith

Une vie sans cinéma serait…

À réinventer.

Qui vous a donné envie de faire ce métier?

Mon grand‑père, républicain catalan, très marqué par l'exil. Le voir s'illuminer devant les films de l'après‑guerre m'a révélé le pouvoir du cinéma. Depuis, je cherche ce même impact émotionnel.

Si le LuxFilmFest était un personnage de film, ce serait...

Un héros solaire et un peu chaotique qui finit toujours par réussir — quelque part entre Slumdog Millionaire et un optimiste invétéré.

Votre festival "coup de coeur "

Impossible d'en choisir un seul. Mais je rêve d'aller au Midnight Sun Film Festival en Finlande, où les projections ne s'arrêtent jamais… puisqu'il ne fait jamais nuit.

dgàd: Mike Leigh (réalisateur, UK), Michel Ciment (critique, FR), Alexis Juncosa
© Patrick Muller, VDL et Luxembourg City Film Festival

Comment le festival s'est-il développé en 15 ans, et comment cela se reflète-t-il dans votre ligne éditoriale ?

Le festival a connu une croissance continue, passant d'environ 4.600 spectateurs à dix fois plus (hors COVID). Ses quatre piliers — sélection internationale, documentaire, jeune public et soutien à la production nationale — sont restés intacts.

Parallèlement, nous avons professionnalisé la sélection, qui repose aujourd'hui sur un comité dédié visionnant près de 1.000 films par an. Notre ligne éditoriale privilégie les oeuvres exclusives, le cinéma émergent, les démarches innovantes et les territoires à découvrir, notamment les pays en crise. Les questions sociétales et la parité y occupent également une place centrale.

Ce développement se traduit aussi par un impact réel : le festival est devenu un lieu clé pour les professionnels, où naissent des projets, et certains jeunes cinéastes affirment avoir découvert leur vocation au LuxFilmFest.

Aujourd'hui, le LuxFilmFest est reconnu comme un acteur crédible sur la scène internationale, sollicité par Cannes et qualifié de "joyau caché du cinéma européen" par The Hollywood Reporter.

Comment mettez-vous en avant des cinématographies sous‑représentées tout en équilibrant cinéma d'auteur et cinéma grand public ?

Nous accordons une place importante aux cinématographies sous‑représentées, qu'il s'agisse du cinéma de genre ou d'oeuvres issues de minorités identitaires, sociales ou ethniques — comme récemment le premier film interprété par des acteurs Rohingyas. Cette démarche s'inscrit aussi dans les priorités européennes de visibilité et de solidarité, notamment via le 2030 Award.

En parallèle, nous veillons à rester un festival ouvert, où chacun trouve son film : comédies, drames, sensations fortes ou oeuvres plus exigeantes. L'objectif est de proposer une programmation accessible à tous, des cinéphiles aux familles, tout en continuant à faire découvrir des voix nouvelles.

Comment le festival contribue-t-il au positionnement international du Luxembourg ?

La visibilité du LuxFilmFest s'est fortement renforcée ces dernières années. Outre son classement par MovieMaker parmi les 25 festivals les plus "cool" au monde, il est sollicité par Cannes, par des représentations diplomatiques et par des institutions qui recherchent son expertise. Cette reconnaissance s'est encore confirmée lorsque The Hollywood Reporter l'a qualifié de "joyau caché du cinéma européen".

Le festival s'appuie sur des partenariats solides, notamment avec d'autres festivals européens, et sur une équipe professionnelle épaulée par une centaine de bénévoles multilingues dont la qualité humaine impressionne systématiquement les invités. En tant que président d'Europa Film Festivals, je contribue également à structurer le secteur au niveau européen et à renforcer la place du Luxembourg sur la scène internationale.

LuxFilmFest en un clin d'oeil

Avec près de 40.000 participants depuis 2018, le Luxembourg City Film Festival s'impose comme le rendez‑vous cinématographique majeur du pays. Il propose chaque année une sélection exigeante mêlant exclusivités, fictions, documentaires, séances spéciales et un véritable tremplin pour le cinéma luxembourgeois et international.

Compétitif depuis 2012, il remet plusieurs prix — fiction, documentaire, jeune public — auxquels s'est ajouté en 2022 le 2030 Award, dédié aux oeuvres liées à la coopération internationale.

En 2023, la FIPRESCI - International Federation of Film Critics a rejoint l'événement pour la première fois.

Au‑delà des projections, le LuxFilmFest propose un programme culturel foisonnant: soirées thématiques, expositions, concerts, master class, rencontres professionnelles, ateliers créatifs et bien plus encore — faisant de Luxembourg‑Ville un véritable carrefour du cinéma contemporain.

Quel rôle joue le festival dans l'éducation à l'image, et comment le public luxembourgeois évolue-t-il dans sa manière de percevoir le cinéma international?

L'éducation à l'image est un enjeu majeur au Luxembourg, et le festival comble en partie ce manque. Chaque année, près de 6.000 élèves participent à nos séances, accompagnées de matériel pédagogique et d'initiatives hors festival, comme autour de la Journée de la mémoire de l'Holocauste.

On observe aussi une vraie évolution du public: grâce à la marque LuxFilmFest et au LuxFilmLab, les spectateurs viennent de plus en plus par curiosité, même pour des films exigeants ou des documentaires. Ils apprécient la contextualisation, les discussions après les séances et l'expérience collective. Cette confiance explique pourquoi, malgré l'essor des plateformes, nos salles se remplissent davantage d'année en année.

Le festival a-t-il contribué à faire émerger de nouveaux talents locaux?

Oui, et c'est particulièrement visible aujourd'hui. De jeunes créateurs déposent leurs premiers projets en expliquant que leur passion est née au LuxFilmFest. Notre programme Campus, qui met en relation étudiants luxembourgeois et de la Grande Région, crée des passerelles très fortes.

La scène de l'animation, en recherche de talents internationaux, y trouve aussi un terrain fertile. Le festival devient ainsi un lieu de rencontre, d'opportunités et d'attractivité pour les talents, au bénéfice du pays.

Immersive Pavilion - Visiteur lors du vernissage du pavillon de l'édition 2024
© Michel Logeling, Film Fund Luxembourg

Repousser les limites de la narration

En 2026, le Immersive Pavilion accueille à nouveau amateurs et professionnels de la XR et de la réalité virtuelle du monde entier, en leur présentant les projets les plus créatifs et innovants en VR – Virtual Reality et AR – Augmented Reality, dans des lieux emblématiques à Luxembourg-ville: neimënster, Mudam et Villa Louvigny.

Le Film Fund Luxembourg vous donne rendez-vous du 5 au 22 mars 2026!

Comment les formats immersifs et l'intelligence artificielle (IA) transforment-ils la création et le rôle des festivals?

Le Immersive Pavilion s'est imposé grâce à la qualité de ses oeuvres, dont plusieurs productions luxembourgeoises primées à Venise. Les formats évoluent vite: la VR laisse place à des expériences plus variées, souvent sans casque, et la réalité augmentée s'intègre désormais à notre quotidien. Les festivals doivent suivre ce mouvement pour rester pertinents.

L'IA transforme déjà profondément le secteur: sous-titrage, doublage, traduction, animation… certains métiers sont bouleversés, et des films entièrement générés apparaissent. Cette évolution est rapide et parfois inquiétante, mais chaque révolution technologique a aussi créé de nouveaux métiers.

Dans ce contexte, soutenir la création humaine est plus essentiel que jamais. Les événements culturels jouent un rôle clé: ils offrent une expérience collective irremplaçable face à une technologie qui, elle, isole. Le festival devient ainsi un espace de rencontre, d'échange et de résistance culturelle.

En quinze ans, le LuxFilmFest est devenu un lieu où naissent des vocations, où des jeunes découvrent qu'ils veulent faire du cinéma. C'est là que notre impact devient réel.

Comment souhaitez‑vous faire évoluer le festival dans les prochaines années, et quelles sont vos priorités de développement ?

À long terme, nous imaginons le festival doté d’un véritable quartier général, un lieu centralisé de rencontres, d’ateliers, d’échanges et d’activités pédagogiques. Un tel espace renforcerait notre rôle européen et transformerait l’expérience du public : les études montrent qu’il pourrait augmenter la fréquentation de 30 %.

Le Luxembourg dispose aujourd’hui d’une scène cinématographique en plein essor, avec des auteurs qui s’imposent à l’international. Le festival en est à la fois le reflet et un moteur. Pour accompagner cette dynamique, notre développement futur passera par un soutien accru — public, privé et via le mécénat — afin de continuer à attirer des talents, des publics variés et des retombées culturelles et économiques. Notre ambition est de consolider cette place tout en offrant un cadre encore plus vivant et structurant pour le cinéma au Luxembourg.

Mais au‑delà du projet de Quartier Général, l’enjeu majeur est de faciliter davantage la venue de représentants internationaux. Il y a quelques semaines, j’étais invité à un festival en Espagne où l’État a clairement fait de cette priorité un levier stratégique. Plus vous développez les invitations, plus vous multipliez les opportunités.

Dans un contexte où la tendance est au populisme et au nationalisme, les festivals deviennent de véritables bulles de vivre‑ensemble, grâce à cette politique d’accueil. Ce sont aussi des viviers de création extraordinaires.

Luxembourg City Film Festival 2026 - Affiche
© Luxembourg City Film Festival

Si je devais formuler un souhait, ce serait que le LuxFilmFest se rapproche des standards internationaux en allouant de véritables budgets à l’invitation des équipes de films — cinéastes, producteurs, acteurs, actrices ou ayants droit. Le premier bénéficiaire serait le Luxembourg. Au‑delà des retombées économiques et touristiques, un festival est l’un des meilleurs outils d’image de marque et d’attractivité. Tourisme et culture doivent avancer ensemble.

Nous remercions Alexis Juncosa de nous avoir accordé cette interview et nous aimerions prévenir les lecteurs sur le fait que, pour des raisons de mise en page, certains passages de l'interview ont été résumés.