Une province des Pays-Bas (XVe-XVIIIe siècles)

Au cours des temps modernes, les Pays-Bas changent de souveraineté au gré des aléas dynastiques et politiques. Suite à la mort du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire (1477), les Pays-Bas passent dans le giron des Habsbourg. Pendant les XVIe et XVIIe siècles, le duché de Luxembourg et les autres provinces qui composent le territoire des Pays-Bas appartiennent aux Habsbourg d’Espagne.

Sur l’échiquier européen, le Luxembourg occupe une position stratégique importante. Dès le XVIe siècle, le pays est entraîné dans les nombreuses guerres que les Habsbourg d’Espagne et les Valois, puis les Bourbon de France se livrent pour l’hégémonie en Europe. La ville de Luxembourg est progressivement transformée en une des forteresses les plus réputées d’Europe, véritable "Gibraltar du Nord".

En 1659, le traité des Pyrénées, qui met un terme provisoire au conflit franco-espagnol, démembre toute la partie méridionale du duché au profit de la France. En 1684, la forteresse de Luxembourg est assiégée par les armées de Louis XIV. Après la prise de la ville, l’ingénieur français Vauban, qui a dirigé les opérations du siège, entreprend de vastes travaux de fortification. Pendant une courte période, de 1684 à 1697, le duché de Luxembourg reste sous régime français. En 1715, après la guerre de Succession d’Espagne, les Pays-Bas méridionaux reviennent à la branche autrichienne des Habsbourg.

Par opposition aux deux siècles précédents, le XVIIIe siècle a été une période de paix au Luxembourg. Les règnes de Charles VI (1715-1740), de Marie-Thérèse (1740-1780) et de Joseph II (1780-1790) apportent un renouveau dans de nombreux domaines. Les réformes autrichiennes, telles que le cadastre thérésien introduisant l’égalité fiscale ou encore l’édit de tolérance accordant aux non-catholiques la liberté de culte, annoncent déjà les innovations de la Révolution française.

En 1795, les troupes révolutionnaires françaises conquièrent la forteresse et le Luxembourg est annexé à la France en tant que département des Forêts. L’introduction de la conscription, système de recrutement militaire, déclenche en 1798 une insurrection paysanne, appelée guerre des gourdins ("Klëppelkrich"). Sous Napoléon, le régime français, plus modéré, est mieux accepté par la population.

Le mythe des dominations étrangères

L’historiographie luxembourgeoise a longtemps qualifié les régimes qui se sont succédé du XVe au XVIIIe siècle de "dominations étrangères". Ceci fait croire à un simple intermède entre l’autonomie du Moyen Âge, où le Luxembourg avait sa propre dynastie, et l’indépendance retrouvée au XIXe siècle. Dans cette interprétation, les souverainetés bourguignonnes, espagnoles et autrichiennes deviennent des périodes d’occupation où le Luxembourg était entre les mains d’étrangers. Or les hommes et les femmes de l’Ancien Régime n’avaient pas ce sentiment. Ils considéraient le souverain, qu’il soit espagnol ou autrichien, comme leur prince naturel dont la légitimité avait été reconnue par l’assemblée des États du duché lors de son avènement. Au sein du duché, les rouages de l’administration étaient surtout peuplés d’hommes de loi et de nobles, originaires de la province. Et puis, Madrid et Vienne étaient loin. Si les particularismes locaux et provinciaux étaient très vivaces sous l’Ancien Régime, le sentiment national n’était qu’une invention du XIXe siècle.

(Source: A propos... de l'histoire du Luxembourg)

  • Mis à jour le 02-02-2018