Energie

Un paquet d'énergie au Luxembourg

Le pays mise sur le photovoltaïque pour se mettre au vert

Myenergy

En matière énergétique, le Luxembourg suit des pistes claires: une réduction conséquente des émissions CO2 d'ici 2030 en misant surtout sur les rénovations énergétiques des immeubles existants et sur la promotion des énergies renouvelables. Un plan ambitieux, puisqu'il comprend des efforts considérables, tant du côté technologique que du côté de l'organisation énergétique du pays. Des efforts qui portent les premiers fruits, comme l'explique le directeur de l'agence myenergy, Gilbert Théato.

Les plans énergétiques du Luxembourg sont ambitieux, pour dire le moins. Où est-ce que pays veut se retrouver d’ici 2030?

Les objectifs seront fixés dans le Plan national en matière d’énergie et de climat, dont un projet a déjà été publié et qui sera finalisé pour décembre 2019. Ce plan couvrira la période de 2021 à 2030 et aura comme objectifs principaux:

  • La réduction des émissions de gaz à effet de serre de 50% à 55% (par rapport à 2005);
  • L’amélioration de l’efficacité énergétique de 40% à 44%;
  • Une part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie finale brute entre 23-25 %.

Les éléments importants permettant d’atteindre ces objectifs sont notamment:

  • La décarbonisation du secteur des transports (mobilité active, transports en commun, mobilité électrique);
  • Une sortie progressive du mazout et du gaz;
  • La mise en place d’un standard de construction Neal Zero Energy Building (NZEB) pour les bâtiments fonctionnels;
  • L’augmentation considérable du taux de rénovation annuel des bâtiments existants;
  • Une politique de vente des carburants en accord avec nos objectifs climatiques.

 

Quelles sont les étapes majeures à franchir vers plus d’énergies durables?

Des éléments importants contribuant à une transition énergétique durable ont été mis en place progressivement. On peut citer le standard de construction NZEB pour les bâtiments d’habitation, le déploiement des compteurs électriques et de gaz naturel intelligents (Smarty), la mise en place d’une infrastructure nationale de charge pour les voitures électriques (Chargy), les diverses aides financières pour la rénovation et les énergies renouvelables pour les bâtiments d’habitation, des primes pour voitures à faibles émissions, le Pacte Climat, programme de gestion qualité ambitieux pour les communes, la mise en place d'une stratégie de rénovation et le processus TIR (Third Industrial Revolution) qui a permis d’adresser une multitude d'aspects innovants dans le monde de l’énergie et de la société de demain.

Parmi les étapes futures, on peut notamment citer la mise en place d’une loi climat, un objectif de sortie des énergies fossiles, la réalisation de cadastres nationaux pour le solaire et la chaleur, une poussée vers un accroissement de la géothermie, des appels d’offres pour développer l’énergie photovoltaïque à grande échelle, la digitalisation et la flexibilisation des réseaux et marchés énergétiques, et une augmentation de l’utilisation des énergies renouvelables dans le domaine de l’agriculture et de l’industrie.

Bien entendu, le rôle exemplaire de l’État, surtout dans la mise en œuvre de la rénovation et de la production d’énergies renouvelables sera primordial.

 

Avec des tarifs garantis sur 15 ans, l’État veut inciter plus de ménages à miser sur le photovoltaïque. Est-ce que la mesure a du succès?

Chez myenergy, nous constatons une progression considérable de l’intérêt pour le photovoltaïque de la part des ménages et du secteur du conseil en énergie. Nous entretenons également des contacts réguliers avec les secteurs professionnels concernés qui nous confirment une véritable ruée sur le photovoltaïque. Les nouveaux tarifs d’injection et la campagne de sensibilisation nationale portent leurs fruits!

 

Est-ce que le Luxembourg a assez d’expertise dans ce domaine ?

Dans l’UE, le Luxembourg est en 6e position en ce qui concerne la puissance photovoltaïque installée par habitant, et entre 2010 et 2017, un quintuplement de la puissance installée a été réalisé. Bon nombre d’installations ont donc été mises en place dans les dernières années et l’on peut sincèrement prétendre que l’expertise dans ce domaine est confirmée. Par ailleurs, les artisans doivent se faire certifier selon la directive 2009/28/CE, et des formations continues sont proposées par la Chambre des métiers et les Centres de compétences de l’artisanat.

 

Pourquoi est-ce que le photovoltaïque a été ciblé ?

L’éolien, la géothermie et l’énergie photovoltaïque sont les énergies renouvelables dont le potentiel, à travers l’étude LUXRES, a été considéré comme le plus prometteur pour le Luxembourg. C’est à cette fin que le gouvernement met tout en place afin de pouvoir mobiliser ces technologies déjà aujourd’hui très développées. La géothermie et le photovoltaïque sont par ailleurs très accessibles et peuvent être mis en place par chaque citoyen. Ces deux technologies correspondent parfaitement aux exigences d’approvisionnement d’électricité et de chaleur pour les nouvelles constructions.

 

Dans quelle mesure les énergies renouvelables permettent-elles de limiter la dépendance du Luxembourg vis-à-vis de la livraison d’électricité depuis l’étranger?

Aujourd’hui, 86% de la consommation nette d’électricité est importée. Le Luxembourg, en tant que petit pays, est susceptible de rester dépendant d’importations énergétiques, également dans le futur.

Toutefois, les objectifs du Plan national en matière d’énergie et de climat, avec une amélioration de l’efficacité énergétique jusqu’à 44% (permettant de réduire en absolu la consommation énergétique) et surtout avec une augmentation de la part des énergies renouvelables jusqu’à 25%, permettront de réduire cette dépendance. Par ailleurs, une meilleure gestion de la production et de la consommation d’électricité grâce à l’intelligence des réseaux du futur et grâce à la décentralisation de la production d’électricité pourra contribuer à la réduction de cette dépendance.

 

Depuis plusieurs années, toutes les nouvelles constructions d’habitation ont la classe énergétique A. Est-ce que vous constatez déjà un impact au niveau de la consommation d’énergie?

Oui, on peut clairement tirer des conséquences positives d’après les statistiques: malgré un accroissement de 28,3% de la population (et du nombre de ménages privés de 34,8%) entre 2005 et 2017, les émissions de GES en CO2-équivalents (CO2, CH4, N2O) du secteur résidentiel ont baissé de 8% sur cette période. Rapportés aux ménages, ces valeurs ont baissé de 28,5% par habitant et de 31,9% par ménage privé. On constate donc une tendance clairement en baisse, qui pourra le rester en tenant compte de la mise en place du standard NZEB pour les constructions résidentielles à partir de 2017.

(Propos recueillis par l'équipe rédactionnelle du portail www.luxembourg.lu)

  • Mis à jour le 22-08-2019