Histoire

Il y a 100 ans: hiver 1918, le temps des bouleversements

Alors que les festivités de fin d'année s'annoncent, la traditionnelle chasse aux cadeaux commence à battre son plein avec une offre généreuse de marchandises et de gourmandises.

Mais en cette année centenaire de l'Armistice 1918, marquant la fin de la Première Guerre mondiale, il convient aussi de jeter le regard en arrière.

Comment nos arrière-grands-parents ont-ils vécu la première fête de Noël en paix depuis cinq ans?

L'heure n'est pas à l'ambiance de fête

A croire les sources, l'heure n'est pas à l'ambiance de Noël en cette fin de décembre 1918. La Grande Guerre est toute fraîche dans la mémoire collective, et des bouleversements profonds sur le plan politique, économique et social mettent définitivement fin à l'ordre d'avant-guerre. Les conséquences de la guerre et de l'occupation par les troupes allemandes, parties quelques semaines auparavant, se font toujours ressentir. Depuis le début de la guerre, la population souffre de la pénurie alimentaire, de la flambée des prix, de périodes de disette et de mauvaises récoltes. S'y ajoutent les ravages de la grippe espagnole.

La pénurie d'aliments

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© Photothèque de la Ville de Luxembourg / Théo Wirol

La population n’est donc par près à s’adonner à des repas de Noël opulents avec rôtis, foies d'oie et pains d'épices, comme le relève l’exposition virtuelle sur la Première Guerre mondiale:

"La malnutrition devenant un phénomène de plus en plus répandu, manger revêtait aussi une connotation morale. Les faits de s’adonner à de somptueux repas et de gaspiller de la nourriture étaient mal vus, tandis que la frugalité – qui était de toute façon inévitable – était saluée. (...)"

Le célèbre auteur luxembourgeois Batty Weber fait d'ailleurs état dans sa chronique "Abreißkalender" (paraissant dans la Luxemburger Zeitung) du désir des Luxembourgeois de retourner vers une normalité après plus de 4 ans de guerre, comme décrit par une lectrice:

"Herr Abreißkalendermann, [...] schreiben Sie einen von Poesie umdufteten Artikel über den Geruch von Gänsebraten und Leberpasteten, von verbrannten Tannenzweigen und Kerzen, malen Sie ein Bild mit strahlenden Gesichtern, die sich um einen vollbesetzten Tisch versammeln, von Menschen, die nicht mehr an Kriegsgedanken kränkeln, sondern sich ihres und anderer Menschen Lebens wieder freuen können, zeigen Sie uns das Viele, was Sie hinzudichten können, wie eine wunderfeine Fata Morgana."

Et à Batty Weber de répondre:

"Ich meine, sehr geehrte treue Leserin, daß Sie vielleicht recht haben, aber es ist in den Zeitungen noch jeden Tag von Hungersnot und teuern Zeiten die Rede. […] Sie kennen in Ihrer Nachbarschaft sicher ein paar arme Leute, wären es auch nur die Kinder von armen Leuten. Wenn Sie also an Weihnachten Ihre Back- und Bratkünste nach Herzenslust dürfen spielen lassen, dann schicken Sie diesen Armen ein Körbchen voll hinüber. [...].

La situation sociale et politique

Entrée de la US Army au Luxembourg (Source: ww1.lu /
Archives: Centre national de l'audiovisuel - CNA)

Le pays vit d'ailleurs une période d'instabilité politique et sociétale, avec pas moins de 5 gouvernements se succédant pendant la guerre, des clivages profonds entre différents milieux politiques et des troubles sociaux de plus en plus fréquents.

En 1918 et après le départ des Allemands, les tensions montent. Les grèves et émeutes se multiplient, tout comme les voix revendiquant l'abdication de la Grande-Duchesse Marie-Adelaïde.

Sur la scène internationale, le Luxembourg fait face à l’isolation: alors que le Grand-Duché met fin à l’union économique avec l’Allemagne ("Zollverein"), une délégation du gouvernement luxembourgeois se voit refuser une entrevue à Paris avec le ministre des Affaires étrangères français.

Temps difficiles, mais lueurs à l'horizon

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© Photothèque de la Ville de Luxembourg

Toutes ces réalités sont reflétées par la presse luxembourgeoise contemporaine, dont les "Unes" ne sont pas dominées par les discours de Noël habituels, mais par les problèmes de la vie quotidienne: causes de la guerre, situation politique et économique, approvisionnement alimentaire, développement des prix, mesures étatiques, appels à l'esprit communautaire.

Noël 1918 est donc loin d’être fête contemplative. Le désir d'un retour vers une normalité d'avant-guerre va de pair avec la prise de conscience des bouleversements qui se déroulent en ce moment-là. Mais l’année 1919 marquera un tournant, avec la révision de la Constitution et l'introduction du suffrage universel, la souveraineté résidant désormais dans la Nation.

Lors du référendum en septembre 1919, une majorité de la population s’exprimera pour le maintien d'une monarchie constitutionnelle ainsi qu'en faveur d'une union économique avec la France (dont, toutefois, le non-aboutissement mènera vers l'Union économique belgo-luxembourgeoise).

En même temps, sous l'influence des mouvements républicains et sociaux, des mesures sociales fondamentales (telles que l'introduction progressive de la journée de travail de huit heures) seront adoptées. Les femmes recevront l’équivalence avec les hommes en termes de droits politiques.

(Article rédigé par l'équipe rédactionnelle du portail www.luxembourg.lu)

  • Mis à jour le 27-12-2018